Partager l'article ! Récit UTMB: 17 mars 1997 dernière cigarette. Le 18 mars à 10h, je pars à l’hôpital pour un pneumothorax pendant une semaine, plus de   ...
17 mars 1997 dernière cigarette. Le 18 mars à 10h, je pars à l’hôpital pour un pneumothorax pendant une semaine, plus de 2 mois sans sport. Pendant cette période, je regarde le marathon de Paris à la télé et je me fais la promesse que je ferai ce marathon dans quelques années.
Pour me remettre de cet arrêt brutal, j’ai commencé le footing : 10’ le 1er jour, 15’ 2 jours plus tard…et je commence à aimer. Le 25 juillet, je vois l’affiche d’une course à St-Vincent de Tyrosse dans les Landes, un 15 km, et sur un coup de tête je décide de la faire. Ce sera la première d’une grande série. En avril 2000, je cours mon 1er marathon, celui de Chambord que je finis en 2h58. Puis, je cours le marathon du Médoc, celui de La Rochelle et naturellement celui de Paris.
En 2003, je fais mon 1er Trail : la 6000D à La Plagne et j’attrape le virus. Ensuite, ce sera Les templiers, l’Aubrac, l’Euskal Endurance, la Vallée de Chevreuse, la Cöte d’Opale…puis l’Ultra avec en 2008 le Raid du Morbihan et en 2009 l’UTMB.
L’UTMB : 4 lettres qui me hantaient depuis 2006. En juillet 2007, je décide de partir avec Raidlight faire la reconnaissance du parcours en 4 jours, un marathon chaque jour. En 2007 et 2008, je suis recalé au tirage au sort de l’UTMB. En janvier 2009, je fais enfin partie de la liste des coureurs inscrits. Huit mois de préparation pour enfin être sur la ligne de départ ce vendredi 28 août 2009 à 18h30. En fait, c’est mon cadeau d’anniversaire pour mes 40 ans, mais avec une année de retard.
Départ le jeudi matin à 7h45 de Rouen avec mon fidèle ami, coach, accompagnateur Zico. Arrivée à 16h à Chamonix. Logement à l’UCPA comme en juin où on était venu courir le cross (23 km) le samedi et le marathon le dimanche. Je vais retirer mon dossard, chercher ma puce et retrouve mes parents qui sont montés du Pays Basque pour me voir, encourager et suivre leur fils pendant 2 jours sur « la plus belle et plus dure course de France..du monde… ». L’an dernier, ils étaient montés à Vannes et étaient venus m’encourager sur la fin où j’avais mis 4 heures pour faire les 9 derniers kilomètres.
18h30, après plusieurs discours, la course démarre avec la musique de « Christophe Colomb, 1492 ». Les 10 premiers kilomètres sont tranquilles avec peu de dénivelé. Mais ensuite, les choses sérieuses commencent avec la montée sur La Charme et la descente sur Kandhar (la descente de Coupe du Monde de ski des Houches). Vers 21h30, j’arrive à St-Gervais où c’est la folie, il commence à faire nuit, on se croirait dans la montée de l’Alpe d’Huez avec tout ce monde qui nous encourage, nous tape dans les mains. Direction Les Contamines où je pourrais retrouver Zico et mes parents, car ils ont décidé de me suivre pendant toute la course en prenant les bus de l’organisation. Je les retrouve donc aux Contamines, petit massage, changement de tee-shirt, tout est huilé pour ne pas perdre trop de temps. Direction Notre Dame de la Gorge, puis la Balme et le Col du Bonhomme (1500m de dénivelé) puis descente sur les Chapieux (une descente très technique que je ferai entre1h30 et 2h45 du matin dans le froid et le brouillard). La montée au Col du Bonhomme se fera sous une petite pluie fine et dans le brouillard (on ne voit pas à plus de 3 mètres).
Après 8h de course, j’arrive enfin aux Chapieux où ma famille m’attend (ils ont fait 130km et 2 heures de bus pour venir me voir,
chacun sa course, chacun son objectif). Le prochain rendez-vous aura lieu en Italie à Courmayeur vers 7h30 pour le petit-déj. Mais avant, il faut monter au Col de la Seigne à 2500m : une
montée difficile, de nuit et dans le brouillard où on cherche les balises pour ne pas se perdre. La descente sur le Lac Combal puis la remontée sur l’Arête Mont- Favre se passeront sans problème.
Je suis bien concentré et déterminé. Une nouvelle descente nous est proposée pour rejoindre Courmayeur par un nouveau petit sentier, long et
avec de nombreux escaliers que mes genoux ne vont pas apprécier.

A Courmayeur, massage, déshabillage, rhabillage, discussions, conseils en famille, puis je monte manger une soupe et des pâtes. Un arrêt agréable mais dans lequel j’essaie de ne pas trop perdre de temps, je n’ai pas envie de me refroidir et j’ai toujours la pêche et aucune envie de dormir. La sortie du gymnase se fait sous les applaudissements et je remonte tout Courmayeur avec 2 espagnols à un bon rythme. La montée sur Bonatti et Bertone est longue mais je gère très bien, je me surprends. La descente sur Arnuva devient difficile, les côtés des genoux, en fait les Tfl commencent à tirer. A Arnuva, l’idée d’abandonner me traverse l’esprit. Ma mère me téléphone et me dit qu’ils vont vers La Fouly et m’attendent. Je suis obligé de repartir, je vais jusqu’à La Fouly et on verra. Mais avant, il y a le grand Col Ferret, puis la descente sur La Peule puis La Fouly. En montée, je n’ai pas mal donc j’avale le col sans problème, mais dans la descente, j’alterne course, marche et arrêt pour m’étirer…
Finalement, j’arrive à La Fouly avec les 2 espagnols de Courmayeur. Le ravitaillement se trouve à la sortie du village. Il y a 2 km de route dans la ville, je cours normalement et me fais plaisir sous les encouragements d’enfants (tant que ça ne descend pas, tout va). Arrivé au ravito, mon clan n’est pas là. Ils ont raté le bus et ont pris celui de Champex. Je reste très peu de temps au ravito, ça sent trop l’abandon (des matelas, des gens qui dorment…), il faut repartir vite et se donner comme objectif : Champex, après on fera le point. La Fouly-Champex, sentier de mer…long, en fait je me ferai plaisir dans la montée sur Champex où ma famille m’attend.
A Champex, mon team est là : massage, encouragements…je me restaure. Il me reste 40 km, je sais que j’ai 7 heures d’avance sur la barrière horaire et que je vais finir par tous les moyens, j’ai mal aux genoux, mais j’ai un moral d’enfer. Tout le monde me téléphone sur mon portable, m’encourage. Ma femme et mes enfants me téléphonent et leurs voix me motivent. Je dois finir, c’est mon cadeau d’anniversaire. Quand je vais rentrer, tout le monde va me demander ce que j’ai fait. Je ne peux pas abandonner. L’an dernier, j’étais plus mal au Morbihan et j’ai fini 160ème en marchant depuis Vannes (95km) alors que j’étais 28ème. J’avais mis 4 heures pour finir les 9 derniers kilos, j’avais des hallucinations, c’était l’enfer…
Direction Bovines, la montée la plus dure à la tombée de la nuit. On est 5, je passe devant, je ferai toute la montée en éclaireur, ainsi que la descente à un rythme..marche. Les autres sont comme moi. Trient, il fait nuit, retour à la civilisation, massages, il fait froid. Je me change. Mon père me dit d’attendre, de ne pas repartir seul, et je vais passer 3 heures avec un brésilien et un japonais (aucune langue pour se comprendre, mais le plaisir d’être ensemble et de finir).Les Tseppes, Catogne passent relativement bien, toujours en tête, mais la descente sur Vallorcine est une galère, merci les bâtons.
A Vallorcine, je retrouve la famille, qui n’a toujours pas dormi et qui m’encourage. Le moral est bon, mais je ne connais pas la fin du parcours et surtout la Tête aux Vents. Le parcours jusqu’aux Montets est agréable et sans difficulté, toute en discussion. Mais le juge de paix arrive, et en pleine nuit on se rend bien compte de ce qu’il faut monter, avec toutes ces frontales tout là-haut. Une montée d’enfer, toujours en tête mais avec une mentalité de l’âne dans Shrek : « on est bientôt arrivé ». J’en ai marre, cette grimpette n’en finit jamais, c’est de l’escalade, aucun plaisir, des rochers, ma frontale qui n’éclaire plus, les hallucinations qui arrivent. Je vois plein de spectateurs sur le côté, mais pourquoi ils ne m’encouragent pas. Tête aux vents- La Flégère, 2 petits ponts gelés, ça serait bête de se blesser maintenant.
La Flégère, une soupe et zou on repart, j’ai envie d’arriver pour le petit déj. Zico me rejoint en sens inverse, ça me motive. La descente devient l’enfer pour moi, mes genoux pleurent, je me fais doubler par au mois 80 personnes, en fait 40 seulement, mais j’en reprendrai 5 sur le plat
dans Cham.
Enfin Chamonix, mais pourquoi on ne tourne pas à gauche et on arrive, non encore un tour de la ville. Les jambes retrouvent le plat et j’accélère sous les applaudissements de la foule en délire. En fait à 8 h du mat, il y a pas grand monde dans le centre ville, mais le peu m’applaudisse, et en arrivant je retrouve ma mère et Mme Poletti qui est déjà là pour me faire la bise. Dans les derniers mètres, plein d’images m’arrivent, j’ai les larmes aux yeux…400ème en 37h43.
Après le Morbihan, l’UTMB, l’an prochain, ce sera le raid des Pyrénées.
J’ai envie d’une bière, heureusement on me rend 20 euros pour la puce et je pars savourer une bonne pression avec mon coach et ma mère (mon père a craqué à 6 h du mat, il se garde pour cet après-midi). Bière, saucisson et fromage au petit-déj, ça change mais j’apprécie.
Douche, puis dodo de 10h à 14h et ensuite terrasse et bière à 200 m de l’arrivée, puis repas d’après-course : polenta et poulet basquaise.
Repas en famille le soir, puis dodo.
Le lendemain matin au petit déj, je reçois les félicitations de Mr Dawa Sherpa, un grand monsieur, qui hier a fini avec le dernier finisher dans les rues de Cham.
Merci à ma femme Karine, mes enfants Célia et Nicolas, mes parents Pierre et Maïté, mon accompagnateur, masseur, coach Zico, toute la famille du Pays Basque, de Bretagne, de Normandie, mes 2 compagnons d’entraînement Laurent et Robert, à Jean pour nos sorties matinales et échanges à St-Lary , à Seb pour St-Lary et pour La Rhune et les amis qui m’ont encouragé, soutenu, suivi sur internet, merci… car c’est grâce à vous tous que j’ai fini.
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